Juin 1996

ROBERT HENRY

La Gargote: bon et pas cher

Es trop rares quartiers du Vieux-Montréal accrochent a leurs pierres vénérables des souvenirs, une ambiance un peu nostalgiques tranchant heureusement sur l'agitation des boulevards modernes et pollués.

Aussi est-ce avec intérèt que nous avons eu l'occasion de visiter un petit établissement de la place d'Youville qui se présente à la fois comme <<restaurant de quartier>> et comme gargote.

Ce très humbles appellations cachent cependeant un endroit agréable où la simplicité n'exclut par la convivialité. En d'autres termes, un resto sympa où l'on mange bien pour pas cher. Qui dit mieux?

La Gargote ouverte depuis le 14 février dernier semble s'orienter ver une formule appelée à connaître un grand succés. Pas de carte, une table d'hôte (six plats plus deux entrées et un dessert) qui change tous les jours, ce qui assure fraîcheur et variété. Les prix (entrée et dessert inclus) vont de 8.95$ à 11.95$. Aussi, à midi les 36 places (plus six au bar) se remplissent-elles en une quizaine de minutes.

Belle petite salle avec foyer, murs en pierres anciennes, musique de fond sans prétention rappelant un répertoire un peu fané (Le Pont d'Avignon, Rina Ketty, Tino Rossi, etc), mais préférable à la <<musique en conserve>> que le client doit subir dans la plupart des établissements.

Sur le bar, une bouteille de Lillet, un apéro jusqu'ici rarement demandé. Demi-sec à base de vin blanc de Bordeaux (85%) et de liqueur de fruits (15%). <<Nous en vendons beaucoup>>, affirme la serveuse.

Ce midi-là, mon invité, dont j'avais fait la connaissance à Fort Lauderdale, lors de L'Omnipratique 1996, était le Dr. Marie-Andrée Pigeon. Originaire de Montréal, études médicales à l'Université de Montréal et diplômé de médecine familiale. Elle exerça, de 1983 à 1991, surtout en santé communautaire, puis, pendant quatre ans, pratiqua en médicine industrielle à Hydro-Québec. Elle est récemment revenue à la médecine générale, à Saint-Bruno.

Voyons le menu qui, comme je l'ai mentionné plus haut est très simple. entrée: consommé maraîchère ou salade Crécy (carottes) - plats: perciatelli carbonara (8.95$) - steak haché dijonnaise (9.95$) - cervelle grenobloise (9.95$) - charlotte de suprême à la poire (10.75$) - alliance de volaille et carré d'agneau au sherry (10.95$) - tournedos de truite saumonée au beurre blanc (11.95$). Dessert: flanc au chocolat.

Nous predrons d'abord un consommé aux légumes. Portions fort réduites, mais goût excellent de végétaux préparés frais. Avant d'aborder les plats principaux, nous partageons une assiette de perciatelli qu'on nous recommande vivement. Il s'agit de gros macaronis dans une superbe sauce carbonara (jambon ou lardons et crème). Le Dr. Pigeon apprécie la carbonara, parfaitement réussie - contrairement, dit-elle, à trop d'endroit où elle est galvadaudée. Ce goût raffiné résulte peut-être d'épices et d'assaisonnements subtils (la <<cheffe>> française, Caroline Wengton, est, par ses parents, de descendance chinoise et malgache ...)

Une bouteille de Mâcon Chardonnay Bouchard Ainé se comporta de façon fort satisfaisante avec ces différents plats.

Faute de la charlotte de suprême à la poire - le mets le plus recommandé et qui s'était enlevé rapidement - mon hôte prit un tournedos de truite saumonée au beurre blanc, décoré de tomates provençales et de purée de carottes-navets-pomme-de-terre. Très bon. Cette réduction de d'échalotes et de vinaigre incorporée au beurre assure le succès du plat. Elle a d'ailleurs une petite histoire.

Pour ma part, ce fut la cervelle grenobloise. Généralement, cet abat est poché, servi à la meunière avec câpres et dés de citron. Ici, frite, elle offrait une croûte pas désagréable. Mais je préfére - en amateur - la cervelle pochée <<au naturel>>.

Le dessert: un flan au chocolat très convenable.