Mars 1996

Du nouveau dans le Vieux-Montréal

Françoise Kayle

Lorsque l’on est restaurateur, il faut avoir de l’humour pour baptiser son établissement de ce nom qui n’a pas une très belle réputation. C’est un mot d’origine lointaine, qui date d’une époque où les restaurants n’étaient pas fréquentés par ceux qui ont «des manières de table»! Mais, c’est un mot qui a des liens culinaires et qui résonne avec des sons de gorge. Bien interprété, il peut avoir du charme.

La Gargote du Vieux-Montréal en a beaucoup.

L’ouverture est récente et déjà, les réservations sont de rigueur. Ce n’est pas un super-restaurant. Ce n’est pas une grande table. Ce n’est pas un endroit à la mode. C’est un restaurant de quartier. Son objectif est de contribuer à donner de la vie à cette ville mome qu'est le Vieux-Montréal une vrai vie à ce quartier particulier qui tourne autour de la place d'Youville

Un vieux mot, pour une vieille maison, dans un vieux quartier... Physiquement, on y croit. Parce que l’enseigne colle au décor. L’endroit est petit, bien clos et, pourtant, très ouvert sur l’extérieur. Les murs de pierres grises sont percés de belles fenêtres. On a conservé ce cachet particulier que donnent des murs bruts. En couleur unique, le rouge répond au gris, un rouge bordeaux, chaud et doux à la fois. Dans cette petite salle, où l’on a su tirer parti de tout, les tables se pressent les unes contre les autres. Derrière le bar, de temps en temps, le «gargotier» sifflote. Ce style décontracté, qui n’est pas incompatible avec la qualité, n’empêche pas le service d’être bien fait. Un service qui caractérise les restaurants d’habitués.

La cuisine de cette Gargote est simple, française à ses heures, mêlant un peu les origines dans des accords sympathiques. Elle est copieusement servie, sous la forme d’une table d’hôte.

Le potage d’hiver, léger et substantiel, un peu trop salé cependant, assemblait des morceaux de tomate (de conserve) et des haricots rouges dans un bouillon clair, parfumé par de multiples aromates. En entrée, la petite salade verte remplissait bien son rôle.

Ce soir-là, le plat de poisson promettait des saveurs orientales. Dans l’assiette, la cuisson du saumon était inégale et la sauce qui l’accompagnait était décevante, épaissie et fade. La garniture, bien faite, compensait un peu.

La blanquette de volaille, par contre, correspondait bien à l’atmosphère de ce petit restaurant. Poulet, sauce et champignons formaient un tout, aussi léger que savoureux et réconfortant, avec simplicité.

Au moment du désert, la crème caramel du jour n’étaient plus au menu. Le deuxième choix, le yogourt au fruits était une belle surprise : une coupe profonde, un yogourt crémeux formant puits et, au milieu, des morceaux de melon doré.

À midi, la table d’hôte de la Gargote est identique à celle du soir, sensiblement aux mêmes prix, servie dans la même atmosphère. Le restaurant, ce jour-là, proposait un pouding au pain accompagné de crème anglaise, sans savoir qu’il ressuscitait le service d’un déssert qui faisait courir tout le Vieux-Montréal, tous les midis, vers Le Jonquière, un restaurant depuis longtemps disparu.