Mai 1998

 

La gargote d'Henri

Josée Blanchette

Lorsqu'il n'est pas en train de jouer au soccer, Henri est à La Gargotte, place d'Youville, à siffler un verre de pastis et causer Mondial de soccer avec le patron. Ces jours-ci, Henri y va gentiment sur le pastis car il se relève d'une ablation de la vésicule billiaire. Comme ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vus, il me montre son nombril et me fait admirer sa cicatrice. J'ai toujours su que tu avais des problème avec ton nombril, Henri, que je le rassure. En mal d'un petit restaurant français pas trop cher dans le Vieux-Montréal, Henri a adopté cet endroit comme un frère. La Gargote offre un menu conçu en table d'hôte, plusieurs plats du jour au gré du marché et des humeurs. En guise d'apéro, on peut préférer le Lillet blanc au pastis, un vin d'orange très agréable et léger. La Gargote d'Henri est un endroit fort sympathique auquel s'ajoute une terasse nichée de l'autre côté de la rue, sur la place d'Youville. À l'heure du midi ou du soir, on peut s'y faire servir une cuisine française tout ce qu'il y a d'honnête. En entrée, nous commandons la soupe de poissons qui embaume tout le restaurant et le ceviche de saumon à la coriandre qui ne sent rien du tout. L'entrée froide de poisson cru est présentée avec un certain sens artistique, chiffonnade de laitues au centre, rondelles d'oignon, câpres, citron. Les tranches de saumon cru tapissent le fond de l'assiette. Elles auraient gagné à être marinées. La coriandre fraîche ajoute une petite note piquante. Quant à la soupe de poissons, garnie de croûtons au fromage, elle est succulente et parfumée. Tout Français qu'il est, Henri a fait des découvertes tout à fait orientales quant à la façon de traiter son système digestif ces derniers mois. Ils m'entretient avec passion de la médecine des chakras et de sa masseuse shiatsu. «Je travaille sur la confiance et l'estime de moi; c'est le troisième chakra qui est faible.» Henri m'amuse beaucoup avec ses découvertes de vieux baba-cool sur le retour de prostate. Il y a dix ans, il se faisait mariner la vésicule dans le vin rouge; le voilà converti au thé. Pour l'instant, nous sommes convertis au Listel (25.50$), un rosé sans grand caractère mais qui tiendra la route sur la tartelette de ris de veau Marengo et la papillote de volaille en filo. La tartelette en pâte feuilletée est déposée sur des asperges de saison et une demi-glace de veau intense. Garnie de ris de veau à point, de champignons et de poivres roses, cette tartelette est tout à fait séduisante. La papillote de notre ami Henri emprisonne une volaille restée humide. Une sauce fine, point trop grasse, ajoute son grain de sel et d'herbes, sans compter quelques légumes encore croquants, le tout dans une présentation irréprochable. Henri se fait offrir des fromages mais simplement pour entendre brie-bleu-chèvre et avoir la force morale de résister. Je ne lui tords pas un bras pour goûter aux fruits glacés aux noix, une salade de fruits servie avec crème glacée aux noix et à l'érable. Une crème fouettée tournée en beurre accompagne cette finale légère. Seul autre choix, un chou à la crème (la même crème virée en beurre) avec glace à l'érable sur coulis de fraises résume l'étape des desserts qui n'est visiblement pas le forte de l'endroit. «Qu'à cela ne tienne, Henri. Nous jouerons à la pétanque!» Une gars de Marseille traîne toujours quelques boules à l'arrière de sa bagnole. Nous ressortons dans le frais du soir tirer une gauloise au grand air. Nos boules sous le bras, nous nous dirigeons vers le Vieux-Port en promettant à la serveuse de revenir pour le pousse-café. «Si tu gagnes, tu offres le pastis, si je perds, c'est toi qui l'offres.» Eh, Marius, tu me prends pour Jeanette ? Un repas pour deux personnes avant vin, taxes et service coûte environ 35$.

Faire le trottoir

Josée Blanchette

L'humeur primesautière du printemps a fait sa place à une langeur pas tout à fait monotone. Les membres savamment exposés, les muscles basanés, on se pavane sur les trottoir devant les terrasses bondées. Trois endroits où aller s'exhiber.

Nichée sur la place d'Youville, la terrasse de La Gargote est un endroit idéal pour faire une pause patin ou vélo. Les serveurs du petit restaurant français de quartier traversent la rue avec leur cabaret pour prendre votre commande. On se croirait dans une gargote parisienne avec un peu d'imagination et pour le tiers du prix. Le menu du jour est varié et mise sur les produits du marché. Foie de veau au cassis, flétan au tofu à l'ail doux, sauté de veau à l'estragon, penne au pesto, tout ça est trés honnête et on ne vous facture rien pour le décor .

Comptez 35$ pour deux personnes avant vin, taxes et services