La
Gargote
Ce restaurant aurait pu
n'être qu'une table de quatier ordinaire. Servant de la
bonne cuisine française ménagère, honnête et appétissante.
Ce qui est déjà pas mal dans une ville où ce genre s'épuise
à force d'imposture. Par définition, le resto de quartier
est celui où l'on a ses habitudes (et ses habitués) et où
l'on va tous les jours.
Seulement, un peu moins
d'un an depuis l'ouverture, La Gargote de Jean-Pierre Ousset
a tranquillement soigné son interieur pour le rendre un peu
plus coquet, présente un menu plus travaillé en mettant
l'accent sur des plats un peu plus contemporains, au saveurs
plus franches, et offre un peu moins de pasta. Mais c'est
surtout l'emplacement, disons le tout de suite (sur la jolie
place d'Youville, au coeur du Vieux, là où les boutiques à
touristes n'ont pas encore établi leurs quartier), qui rend
cet endroit si sympathique et qui lui assure un peu de sa
réussite. Comme disait Ruth Reischel, redoutable critique du
New York Times, le succès d'un resto tient à trois
facteurs, le lieu, le lieu et puis le lieu.
Rien de plus agréable, un
soir d'été que de s'installer ici et goûter la bonne salade
de betteraves froides en entrée, un rien condimentée d'une
émulsion à la moutarde - qu'on a nommé carpaccio, par effet
ou par erreur? - ou encore une soupe froide, ce soir-là un
gaspacho malheureusement un peu trop acide ou encore une
assiette de friture mixte, des calmars et des crevettes. Et
en plat hommage véritable à la cuisine fermière, des rognons
parfaitement parés, sans aucun arrière-goût, qui avaient été
grillés avant d'être nappés d'une sauce dense au parfum
robuste. Ils étaient moelleux et d'une cuisson dosée à la
seconde. Autrement le jambonneau de volaille farci servi en
tranches sur une sauce courte au goût de caramel avait aussi
fière allure. En dessert, une tarte d'antan de la veille
n'avait perdu aucune de ses qualités, bonne croûte, pommes
parfaitement caramélisées sucrée à souhait. Voilà donc une
autre maison de charme dans un cadre qui en a tout autant
avec une équipe réduite en salle mais qui connait les règles
de la courtoise sans façon. Et pour une quarantaine de
dollars avec deux verres de vin, les taxes et le service, on
est mort de rire. Épatant!