Février 1997

Robert Beauchemin

La Gargote

Ce restaurant aurait pu n'être qu'une table de quatier ordinaire. Servant de la bonne cuisine française ménagère, honnête et appétissante. Ce qui est déjà pas mal dans une ville où ce genre s'épuise à force d'imposture. Par définition, le resto de quartier est celui où l'on a ses habitudes (et ses habitués) et où l'on va tous les jours.

Seulement, un peu moins d'un an depuis l'ouverture, La Gargote de Jean-Pierre Ousset a tranquillement soigné son interieur pour le rendre un peu plus coquet, présente un menu plus travaillé en mettant l'accent sur des plats un peu plus contemporains, au saveurs plus franches, et offre un peu moins de pasta. Mais c'est surtout l'emplacement, disons le tout de suite (sur la jolie place d'Youville, au coeur du Vieux, là où les boutiques à touristes n'ont pas encore établi leurs quartier), qui rend cet endroit si sympathique et qui lui assure un peu de sa réussite. Comme disait Ruth Reischel, redoutable critique du New York Times, le succès d'un resto tient à trois facteurs, le lieu, le lieu et puis le lieu.

Rien de plus agréable, un soir d'été que de s'installer ici et goûter la bonne salade de betteraves froides en entrée, un rien condimentée d'une émulsion à la moutarde - qu'on a nommé carpaccio, par effet ou par erreur? - ou encore une soupe froide, ce soir-là un gaspacho malheureusement un peu trop acide ou encore une assiette de friture mixte, des calmars et des crevettes. Et en plat hommage véritable à la cuisine fermière, des rognons parfaitement parés, sans aucun arrière-goût, qui avaient été grillés avant d'être nappés d'une sauce dense au parfum robuste. Ils étaient moelleux et d'une cuisson dosée à la seconde. Autrement le jambonneau de volaille farci servi en tranches sur une sauce courte au goût de caramel avait aussi fière allure. En dessert, une tarte d'antan de la veille n'avait perdu aucune de ses qualités, bonne croûte, pommes parfaitement caramélisées sucrée à souhait. Voilà donc une autre maison de charme dans un cadre qui en a tout autant avec une équipe réduite en salle mais qui connait les règles de la courtoise sans façon. Et pour une quarantaine de dollars avec deux verres de vin, les taxes et le service, on est mort de rire. Épatant!

La Gargote

Ambiance: bistro

Prix:$40

Nouveau venu dans un coin qui continue de prendre du galon. Il faut le dire, le Vieux-Montréal s’embellit presque à vue d’oeil. Ce gentil bistro, qui offre des petits plats français de ménage, s’ouvre sur une belle place : avec un peu d’imagination et pas beaucoup de lumière, on s’y croirait. L’ambiance très Nouvelle-France s’agrémente donc d’une carte simple et soignée où l’on trouve des pâtes et des grillades. Une façon de dire que la cuisine de ce type est loin d’en être à son dernier souffle. Heureusement d’ailleurs!